samedi 2 juillet 2016

Maurice Dantec est mort

Ce n'est qu'en 2007 que nous avons commencé à nous intéresser au polar en tant que genre littéraire, avec ses classiques et ses incontournables. Si la lecture de la trilogie Lloyd Hopkins de James Ellroy fut une expérience marquante et une influence non négligeable à l'occasion de la rédaction de notre premier roman, Beyrouth-sur-Loire, c'est Maurice Dantec qui, bien avant Ellroy, nous avait fait pénétrer le monde du roman noir, sans trop l'identifier alors en tant que tel.

Maurice Dantec est mort. Les quelques médias français qui en ont parlé l'ont fait avec force pincettes, en insistant sur ses premiers romans, et en fustigeant ses dernières années. Les lecteurs ont bien compris que ces éléments de langage signifiaient que l'ennemi qu'il s'était désigné, « la bourgeoisie néo-libérale hédoniste », voulait bien lui reconnaître un début de talent, mais seulement avant qu'il ne devienne d'extrême-drouââte...

Maurice Dantec était-il devenu fasciste ? Dans ses ouvrages que nous avons lu, nous n'avons jamais trouvé la moindre promotion d'un état policier et militariste sous la férule d'un leader divinisé par sa propagande d'Etat. D'ailleurs, comment qualifier un born again christian de fasciste ? L'accusation est absurde et il ne suffit pas d'échanger un mail ou deux avec les Identitaires pour faire un fasciste. Maurice Dantec a simplement grandi dans les banlieues populaires des années soixante-dix de la région parisienne. Devenu adulte, il a vu que les pseudo élites sociales-démocrates avaient livrés pieds et poings liés ces endroits qu'il aimait au communautarisme, au clientélisme, au fondamentalisme religieux et au gangstérisme mafieux, tous de purs avatars du monde anglo-saxon ultra-libéral (dont ils sont les vrais fondations). L'auteur n'a pas eu d'autre choix que de s'y opposer et de dénoncer cette trahison patente des classes populaires françaises par leur « élites », subitement rangées en masse à la servilité d'une mondialisation capitaliste et spéculative la plus abominable pour les humbles et les sans dents.

Maurice Dantec aurait pu devenir le Prince Noir de la littérature française, il en avait le talent et l'imagination mais il s'est fourvoyé dans un retour aux sources trompeuses du catholicisme le plus étriqué. Dantec s'est vu comme un Léon Bloy du vingt-et-unième siècle, une plume ardente trempée dans le sang du Christ vengeur, un Croisé d'Occident pourfendant l'hydre Onusienne et ses tentacules, sans comprendre que le poison christique était à l'origine même de l'infection soft-totalitaire qu'il cherchait à terrasser. La source que Dantec cherchait était à sa portée, mais il n'a pas vu ce cran supplémentaire qu'il lui fallait actionner dans son retour en arrière qu'il espérait salvateur. Handicapé par ses abus qui ont enflé les boursouflures de son égo, incapable de se reconnecter à sa longue mémoire, au cosmos divin, il a fini aveuglé par l'incandescence d'une intolérance de jésuite sous amphétamines.

Maurice Dantec est mort. Nous sommes emplis d'une tristesse amère face à cet immense gâchis littéraire.

«Maurice Dantec était un ovni flamboyant» a dit notre éditeur au Figaro.

Cette déclaration élégante n'est pas une flagornerie post-mortem de circonstance. Par les fulgurances iconoclastes de son esprit parfois génial, Maurice Dantec aurait pu être LE grand auteur annonciateur d'une régénération autant littéraire que spirituelle à venir, mais sa lumière intérieure a fini par s'éteindre pour n'être plus qu'un lumignon tremblotant dans un corps usé jusqu'à la corde par un ressentiment égréné au gré des chapelets anguleux de ses éructations monomaniaques.

En souvenir des heures passées avec tes livres, avec La Sirène Rouge ou les trois cent premières pages fiévreuses et phénoménales de tes Racines du Mal, nous te souhaitons une agréable migration, Maurice, et espérons que ton prochain passage ici bas sera plus lumineux, plus harmonieux, en ayant peut-être la chance de t'y croiser un jour, sous une forme ou une autre.

3 commentaires:

Marignac a dit…

Enfin un désaccord !… Depuis le temps qu'on se flagorne!… Je n'avais pas la moindre estime pour ce médiocre pignouf, piètre imitateur des Amerlocks, à l'époque de la mode des tueurs en série, et ses pavetons indigestes, dont le style était un relevé des diverses substances ingurgitées, qu'en ma qualité de connaisseur je suivais à la trace. Sa dégénérescence finale en pitoyable graphomane néo-con, n'était qu'une suite logique. Ses représentations de la "mafia russe" étaient un modèle de caricature ignorante. En offrant aux manchetto-poulpistes un aussi navrant contre-jour, il leur servait la soupe, pas pour rien qu'ils le soutenaient. Jaloux, moi? Non, en dehors du compte en banque. Je suis vénal comme ça. Et, pire encore, je n'ai aucun respect pour les cadavres, s'ils ne le méritent pas. MD, c'était l'Infréquentable plébiscité par la politcorrectitude, la caution pluraliste. On se reverra en enfer.

Pierric Guittaut a dit…

Dantec a écrit "La Sirène Rouge" en 93, à une époque où Manchette était encore de ce monde et où ses thuriféraires bossaient sur la Bible de la future collection "Le Poulpe", rendue ringarde par ce roman avant d'être née. Ce roman n'est pas du tout américain, mais bien ancré dans la réalité d'une Europe post-moderne. Sorti de nulle part et inattendu, son succès est dû à ses qualités intrinsèques.
"Les Racines du Mal" est emblématique de l'ambivalence Dantec : à la fois génial et à la fois raté. C'est le seul livre avec un serial-killer qui a su m'intéresser et ce n'est pas une imitation, puisqu'infesté de ce qu'on peut détester chez Dantec : références multiples et confuses, name dropping, verbiage d'anticipation, réflexions théologico-scientifiques cryptiques/creuses, etc.
Mais c'est avec "Bablyon Babies" qu'il est devenu un auteur vraiment connu en cartonnant dans la sphère SF. Je n'y vois aucune prétention de crédibilité ou de réalisme comme dans le roman noir, c'est un très bon roman d'anticipation nourri au cyberpunk. C'est là où Dantec s'est lui-même flingué, quand il a pris au sérieux ce qu'il venait d'écrire avec ce roman de divertissement populaire. Il s'est pris pour un prophète, au lieu de rester l'un des rares auteurs valables de cyberpunk hexagonal,et a tué sa veine littéraire avec la politique et la religion, qui n'étaient sans doute pas pour lui et qui lui ont fait perdre le fil conducteur de son esthétique.
Le réduire à un simple imitateur n'est pas pertinent de mon point de vue.

Marignac a dit…

Les romanciers ne devraient jamais se mêler de politique. Je le répète depuis 35 ans à Limonov. Il a sans doute eu raison de ne pas m'écouter, mais ce n'est pas un romancier, c'est un écrivain d'importance mondiale. Ses romans sont moyens. Mais deux ou trois de ses récits autobios sont passés au patrimoine de la littérature mondiale.
Pour revenir à MD, je maintiens que les "thuriféraires du Poulpe" ne l'ont pas soutenu par hasard, le fantoche utile. Il reste pour moi l'emblème de la servilité culturelle franco-française pour les Anglos. La suite a confirmé. L'anticipation, le cyberpunk, soit, je ne suis pas compétent. Je te fais confiance. Si tu dis que c'est bien, qui suis-je pour objecter. Les Anglais inventeurs du genre me tombent des mains. Mais en polar, c'était personne — une baudruche gonflée par les tristes sires de la SN de l'époque, jouant sur les codes régurgités d'Outre-Atlantique (Manche).