dimanche 7 mai 2017

Pour une Refondation



Plus que jamais, en ce début mai 2017, la France flirte avec l’abîme.


Pour tous les français dont les valeurs ont été forgées dans la tradition de la croyance en la responsabilité individuelle face au Destin - ce qu’on nomme vulgairement « la droite » - le champ politique hexagonal est une terre brûlée couverte des cendres encore chaudes des plus graves désillusions, auréolée des fumerolles d’un sentiment de gâchis des plus amers.

La droite libérale a payée au prix fort son esprit petit-bourgeois étriqué et son matérialisme cynique en buvant jusqu’à la lie le soutien désespéré à un homme sans honneur qui les a menés à la défaite, dans une course où la victoire était pourtant acquise d'avance. Comment ces millions d'électeurs ont-ils pu croire qu’un homme sans envergure, et qui a servi pendant cinq années de paillasson à un chef d’état aussi médiocre que Nicolas Sarkozy, aurait pu faire un grand président de la République ? Face au spectre de la défaite, et malgré sa promesse de se retirer de la campagne s’il venait à être mis en examen, Fillon n’a pas hésité une seule seconde à se parjurer et à se comporter en ersatz de Führer minable, préférant emmener le peuple de la droite dite « républicaine » à son anéantissement total, réfugié dans le bunker de son égocentrisme, dans l'attente passive d'une fin inéluctable. Convertie depuis plusieurs décennies au Marché et à la seule dimension économique du champ politique, ayant abandonnée toute idée de transcendance ou d’épopée, n’ayant pas d’autre vision à proposer que celle du contrat commercial anglo-saxon pour régler les rapports sociaux, la droite provinciale des notables et des curés a montrée qu’elle ne pouvait plus produire désormais autre chose que des VRP de la Chambre de Commerce et d’Industrie en guise de politiciens. Des piques assiettes d‘un système d’une mesquinerie ahurissante, dont la petite entreprise familiale du clan Fillon est un triste aboutissement logique, et dont l'étron exquis sur le gâteau fut le ralliement express à un Macron pourtant honni et hué pendant toute leur campagne. Le déshonneur érigé en ligne de conduite au quotidien.

A côté de ces caricatures vivantes de bourgeois chabroliens, la droite souverainiste (ou patriote, ou nationale) s’est réveillée avec la pire gueule de bois des quinze dernières années. Huit millions de français, légitimement en colère face à la mondialisation sauvage imposée à la France depuis trente ans, ont été déçus par Marine Le Pen. Après une campagne des plus médiocres, et en dépit d’un contexte national et international ultra-favorable à son programme et à ses thèses, la candidate autoproclamée « du peuple » s’est érigée à son tour en caricature d’elle-même, donnant au cours du débat de l'entre-deux tours l’image exacte de ce que ses pires détracteurs attendaient d'elle : une politicienne inapte à gouverner la France. Ce faquin sinistre de Macron a eu raison de lui jeter à la face que c’était elle « l’héritière » et le résultat d’un système politique pluri-décennal, car tout comme son père il y a quinze ans, Marine Le Pen a montré que jamais le FN ne fut en mesure d'exercer les plus hautes fonctions, se complaisant dans une posture d’opposant permanent et systématique à un « système » affublé de tous les maux. Si son père pouvait se permettre de jouer régulièrement avec un million et demi de français, pas vraiment malheureux et surtout nostalgiques d'une France coloniale révolue, c’est toute la France périphérique, la France des oubliés, la France des ruraux, la France des relégués et des oubliés des délocalisations sauvages que Marine Le Pen a abandonné sur le bord de la route en direct à la télévision. Cette abandon n'est pas anodin, il est baigné du sang et des larmes des classes moyennes et inférieures dont la défaite est en permanence ravivée par la morgue et le mépris des citadins des grands centres urbains à leur égard, défaite qui n'en sera que plus cuisante et plus dramatique dans les cinq années à venir du règne de l'ordolibéralisme annoncé par le golem des milliardaires. On attendait de Marine Le Pen une vision alternative, un souffle de révolte, un réveil du génie propre à notre pays. Les français n'avaient pas besoin que Marine Le Pen leur rappelle qui est le sinistre Macron pendant plus de deux heures de joute hystérique. Ils ne le savent que trop bien. Le petit maquereau du lupanar CAC40 va pouvoir continuer à offrir la France en orgie à tous les appétits lubriques des globalistes. Dans cinq ans, il ne restera rien de ce qui fut l'esprit français ou la spécificité de la France, tandis que va se poursuivre le lent génocide démographique et social d'un peuple et d'une économie écrasés par la finance mondialisée. Notre pays sera dépecé par un président prédateur en même temps que son peuple sera dilué dans la masse planétaire des décérébrés progressistes, des connards consentants de la consommation, des zombies adorateurs du techno-gadget sur fond de haine de la civilisation qui a bâti ce monde moderne et conçu ces mêmes colifichets électroniques. La France va être livrée aux cannibales de la dette artificielle et par leur vote du dimanche 07 mai, les français ont tous signifié leur résignation à se faire dévorer vif. C'est un effroyable acte de suicide collectif auquel nous avons tous assisté.

Du haut de leur champs élyséens, que pensent les dizaines de générations de français qui nous ont précédé et ont abreuvé notre terre de leur sang ? Que pensent les poilus de l'enfer de Verdun, les grognards du soleil d'Austerlitz, les sans-culottes de Valmy, les courtoises troupes royales de Fontenoy, les gascons de la bataille de Marignan, les pieuses troupes de Jeanne au siège d'Orléans, les croisés de St-Jean d'Acre, les fiers normands de Guillaume à Hastings, les francs de Clovis à Soissons, les vaillants Arvernes de Vercingétorix à Gergovie ? 
Ils pensent que nous sommes la génération de français la plus veule et la plus détestable à avoir foulé cette terre sacrée. Ils pensent que nous ne méritons pas leur sacrifice et leurs souffrances. Ils pensent que nous sommes une honte et un déshonneur incarné. C'est aussi ce que pensent les trois-quarts des autres peuples actuels de la planète, alors qu'ils attendent de la France et des français un signe, une impulsion, une indication sur la marche à suivre en cette ère de ténèbres grandissantes. Ce fut l'une des rares affirmations sensées de Marine Le Pen : le monde attend le retour de la Voix de la France, cette opinion souvent suffisante mais toujours singulière et qui a pour vocation d'insuffler un souffle nouveau, d'offrir un nouveau champ du possible. Le monde se languit du génie français, et son mépris de notre génération actuelle est à la hauteur de sa déception.

Il est tard et la nuit est profonde. Nous pourrions nous dire que c'est aux heures les plus angoissantes des nuits les plus longues que se forge l'espoir mais ce serait un pieux mensonge. Nous l'avons expliqué à plusieurs de nos proches depuis de longs mois : lorsque le masque de l'impuissance de Marine Le Pen tombera, il ne restera plus rien que le désespoir le plus absolu. Il est inutile d'attendre quoi que ce soit de qui que ce soit. Croire qu'un Trump ou une Marine Le Pen puisse renverser le brutal racket mondial organisé et mis en place depuis plusieurs décennies par quelques milliers d'oligarques est une illusion dangereuse. Nous, peuples du monde, allons disparaître et aucun parti ne viendra nous sauver. Croire qu'une nouvelle constitution y changera quelque chose est tout autant illusoire. Le sursaut ne pourra venir que des peuples et par les peuples, et à condition qu'il sortent de leur léthargie et de leur attitude soumise et timorée.

Pour nous européens, il est temps de refonder une droite basée sur des valeurs, et non des indicateurs économiques. Une droite qui en appelle à l'Honneur et à la Tradition. Une droite qui vienne de l'ancienne chevalerie et non d'une salle de traders. Une droite qui remette au goût du jour des notions aussi désuètes que le panache, l'acte gratuit, le charisme. Une droite qui en impose par son exemplarité et non pas l'épaisseur de son portefeuilles d'actions ou le nombre des ses manoirs provinciaux. Une droite qui replace l'homme dans un cycle naturel de vie, où la Nature n'est pas une ressource à piller mais un facteur d'équilibre et d'Harmonie, et où jamais l'économie ne doive gouverner la Nature. Une droite pour qui l'Art et le Beau soient des valeurs et non des investissements. Une droite qui mette un point d'honneur à développer et valoriser la culture, l'excellence, le savoir. Une droite qui abolisse l'égalitarisme jacobin, cette haine à peine voilée de toute forme d'élite, et qui bannisse les tièdes et les corrompus, qui rejette les centristes. Cette droite ne sera jamais celle des «républicains », ni des « frontistes », et encore moins celle des cancrelats pitoyables qui sont allé voter Macron parce qu'ils comptent économiser 300 euros de taxe d'habitation ou 2% de cotisations X ou Y ! Cette droite ne sera ni économique ni populiste, mais élitiste, et sa vocation sera de refonder une aristocratie européenne, car c'est par les aristocraties que les civilisations se fondent, et c'est pas leur têtes qu'elles pourrissent, comme notre époque nous le démontre. Ce n'est pas le capitalisme ou le libre échange qui est la cause racine fondamentale de l'enfer dans lequel nous nous enfonçons chaque jour un peu plus, mais l'absence d'aristocratie. La prise de pouvoir par les ploutocrates de la finance et du pétrole au début du vingtième siècle, puis les deux guerres mondiales qui ont saigné les vieilles aristocraties, sont les vraies fondations du monde post-moderne et de l'avènement de la divinité marchande et de son néo-fascisme : « Tout pour le Marché, tout par le Marché, rien contre le Marché ». 

Supplantons cette ploutocratie globale haïssable et ses guerres de pillages pour réinstituer d'authentiques aristocraties locales, régionales, nationales, pour qui l'honneur remplacerait la richesse en guise de valeur refuge, et le monde, à défaut d'être parfait, redeviendrait respirable en l'espace de quelques mois. Mais les ploutocrates aux commandes des banques, des grands groupes, des systèmes d'armement et des médias ne céderont pas leur place et leur position d'exploiteurs de bonne grâce. La violence sera le seul recours des peuples, et vouloir croire en un changement radical de paradigme mondial par le biais d'une solution démocratique est la première marche de l'acceptation de son état de servitude nécessaire à la poursuite du pillage de la planète par l'oligarchie régnante. La droite que nous appelons de nos vœux n'a pas pour objet d'ajouter un nouveau gadget politique à l'offre existante, mais d'offrir aux peuples l'instrument de combat et de reconquête de leur souveraineté.

Vous me direz : bien qu'immortelle et intemporelle, cette droite régénérée n'existe pas encore dans notre espace temps européen. Je vous répondrais : certes, mais il est plus que temps de la réincarner !

C'est la mère des batailles spirituelles de la prochaine décennie.

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